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31/05/2011

L’Allemagne décide de sortir du nucléaire en 11 ans!

Deuxième Partie

Au-delà de la polémique entre pro et anti nucléaire, avec cette prise de position désormais incontournable, la Chancelière allemande vient de donner à son pays une chance de regarder autrement l’avenir énergétique de son pays et surtout elle le place en situation économique plus favorable.

1756304 centrale fuku à fin 03.jpgC’est que la catastrophe de la centrale de Fukushima, outre les dangers liés à l’exposition à la radioactivité, vient de révéler de façon brutale une réalité cachée: l’énergie nucléaire n’est pas aussi compétitive que les puissants lobbies veulent nous faire croire.

Aux États-Unis le débat est engagé et l’un des opérateurs électriciens les plus puissants - Energy Group - vient de déclarer la filière nucléaire «grillée» pour justifier son choix en faveur du gaz pour un gros projet de centrale.

Le groupe allemand Siemens de son côté se préparerait à abandonner son secteur nucléaire. Selon le quotidien allemand Handelsblatt «En interne, la décision de principe d'un abandon du nucléaire a été prise».

1395123_3_69c3_dans-quinze-jours-au-plus-tard-si-rien-ne.jpgDans ces milieux on commence à anticiper l’idée d’une énergie solaire qui, d’ici à 5 ou 6 ans, s’avèrerait plus compétitive tant pour le nucléaire que pour l’énergie fossile.

De nombreuses études montrent que tant le coût des investissements que de celui de la production de l’énergie nucléaire, sont en augmentation croissante. Entre 1977 et 1998, les coûts d'investissement ont été ainsi multipliés par 2,6. Ce phénomène d’augmentation des coûts est lié à la complexification croissante des systèmes pour faire face aux exigences de sécurité imposées par les assureurs mais également les agences de notation et les financiers.

Le préjudice de Fukushima est à ce jour évalué à une somme de plus de 100 milliards de dollars soit 70 milliards d’euros.

1265065_3_6451_produire-de-l-electricite-par-eolienne-est-la.jpgTout ceci n’est pas prêt de décroitre aussi les énergies renouvelables vont à court terme gagner en compétitivité. C’est dans ce contexte qu’il faut également envisager la décision de la Chancelière Allemande qui s’il elle ne fait pas l’affaire des opérateurs électriciens place son pays à la pointe de l’innovation et de la recherche.

C’est toujours à la capacité de voir plus loin que le temps des disputes du moment que l’on reconnaît un Chef d’État. Angela Merkel, en l’occurrence est en train de donner à notre Président de la République une belle leçon de stratégie politique.

Au lieu de tirer, pour l’avenir de la France, des enseignements de la catastrophe de Fukushima, en dépit des contestations de plus en plus grandes partout dans le monde, Nicolas Sarkozy lors de sa visite à Gravelines dans la Région Nord-Pas-de-Calais avec l’aplomb des dogmatiques a déclaré: «Je n'ai pas été élu pour remettre en cause le nucléaire. Il ne sera donc pas remis en cause….. Nous allons continuer à investir dans le nucléaire».

Et comme si cela ne suffisait pas, qualifiant les militants favorables à une sortie du nucléaire «d’irresponsables» Nicolas Sarkozy a lancé à la cantonade devant plusieurs centaines de participants à une table ronde à propos des questions énergétiques : «On n'a pas le droit de jouer sur des peurs moyenâgeuses pour remettre en cause des choix qui font la puissance de notre pays».

931773-1104881.jpgDécidément Nicolas Sarkozy ferait mieux de se taire et d’écouter ce qui se passe autour de lui. 70% des Français se sont déclarés favorables à une sortie progressive du nucléaire, le principal partenaire économique de la France en Europe vient de se décider dans ce sens, et dans le monde tirant les enseignements de la catastrophe de Fukushima des géants de l’industrie électronucléaire sont en train de changer d’orientation.

Seraient-ils tous «irresponsables» ou victimes «de peurs moyenâgeuses» ces hommes et ces femmes, simples citoyens, responsables économiques ou responsables politiques qui n’entendent pas suivre ce Président qui campant sur ses ergots chante sa foi en l’avenir du nucléaire qui désormais est devenu une affaire dépassée, du passé?

11:51 Écrit par Bernard FRAU dans 10. International | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : angela merkel, siemens, sarkozy, energy group, fukushima, sortie nucléaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

30/05/2011

L’Allemagne décide de sortir du nucléaire en 11 ans! Première partie

arton6904-5c73c.jpg Angela Merkel a pris la décision d’engager l’Allemagne à mettre fin à la production d'énergie nucléaire. A la suite d’une réunion à laquelle ont participé des responsables de la coalition gouvernementale CDU CSU et FDP, ainsi que des représentants de l’opposition SPD et Verts, la majorité l’Allemagne va fermer ses centrales nucléaires selon un plan qui s’échelonne de maintenant à 2022.

A l’appui de cette décision de fermeture, dans des délais courts, l'Allemagne va agir à partir d’une stratégie selon deux axes forts: un objectif global de baisse de 10% de la consommation d'électricité et une montée en puissance plus rapide des énergies renouvelables dont la part doit passera de 30 à 35%.

Des mesures d’accompagnement sont prévues pour les secteurs industriels forts consommateurs en énergie, et les projets d’isolation d'immeubles anciens.

Dans le même temps Berlin ne renonce pas à ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2020.

L’Allemagne est la première grande puissance industrielle mondiale à se prononcer pour une sortie effective du nucléaire, ce dans un consensus le plus large. Il s’agit là d’une décision de première importance, qu’il faut saluer à plusieurs titres.

La «décision est irréversible», a déclaré Norbert Röttgen le ministre de l’Environnement allemand, ajoutant «Il n'y aura pas de clause de réexamen».L’Allemagne devra donc trouver, de maintenant à 2022, les moyens de satisfaire les besoins énergétiques du pays actuellement couvert par les centrales atomiques.

Ce faisant en renonçant à l’énergie atomique et en fixant pour son pays la fin du nucléaire civil pour 2022, Angela Merkel, tirant les conclusions de la catastrophe de Fukushima, revient courageusement sur l’une des promesses phare de son programme de campagne des législatives de 2009. Le fait-elle par hasard?

20:24 Écrit par Bernard FRAU dans 10. International | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : angela merkel, nucléaire, fukushima | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

24/05/2011

Qui se préoccupe encore de Fukushima?

nucleaire%20monde%20%20Kheng%20Guan%20Toh%20%20Fotolia_com.jpgDepuis plus d’une semaine c’est l’affaire DSK qui fait sans discontinuité la «une» des grands médias - presse, télévision et radio confondues -. Plus personne ne se pose de questions! Après avoir été sous le coup de la peur nucléaire, pendant une bonne quinzaine de jours. On a invité gentiment les Français à passer à autre chose.

Gloser sur le montant de la fortune de DSK et les moyens qu’il entend mettre pour tenter de sortir de sa sordide affaire, c’est pain béni pour ceux qui n’entendent rien changer au cours des choses et continuer comme si de rien n’était.

DSK-devant-la-cour-penale.jpgIl est vrai que les «comportements privés» de l’ex-candidat à la candidature à la magistrature suprême de la France, sont plus proches du format des histoires que les feuilletons américains nous dégueulent «en prime time» le soir sur les chaînes de la Télévision.

Du sang, de la chique, du cul et des mollards voilà ce qui depuis trop longtemps fait le pain et les jeux quotidiens offerts abondamment aux Français, qui en ont tellement pris l'habitude, au point qu'ils ne se rendent plus vraiment compte où le monde va.

1804596.jpgLes réacteurs 1,2 et 3 de la centrale atomique de Fukushima Daiichi sont rentrés en fusion et cela probablement très tôt après le tsunami, et la situation semble impossible à stabiliser avant de long mois.

Période durant laquelle la pollution radioactive va se poursuivre faisant et s'accumuler faisant de la catastrophe de Fukushima une catastrophe assurément plus importante que celle de Tchernobyl.

«Les retombées de Fukushima sont détectables à des niveaux significatifs jusqu'à Kanagawa, située à environ 270 km de la centrale», indique le laboratoire de l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest – ARCO – dans un rapport consultable sur http://acro.eu.org .

Le laboratoire, expert reconnu pour son sérieux, s'est alarmé, vendredi 20 mai, des taux de pollution relevé sur terre et en mer près de la centrale dans des termes qui ne font aucun doute sur le niveau de gravité de ce qui se passe en ce moment au Japon et qui nous concerne très directement.

Faut-il rappeler qu’en matière de retombée de pollutions nucléaires, comme pour d’autres pollutions d’ailleurs, la planète est un grand village où personne n’est à l’abri.

1299927074.jpg«Dans la préfecture de Fukushima, les niveaux sont comparables à ceux que l'on trouve autour de Tchernobyl», ont affirmé les experts de l’ACRO à l’issue des analyses menées sur des échantillons envoyés à Caen par des bénévoles japonais.

Les légumes analysés à 80 km de la centrale sont impropres à la consommation, «Si l'on calcule la contamination en césium 137 en Bq/m2, toutes les valeurs relevées dans la préfecture de Fukushima sont supérieures à la limite de 185.000 becquerels par mètre carré qui ouvre le droit à la migration en Biélorussie», ont ajoutés les experts de l’ACRO..

Alors, deux questions m'interpellent directement:

Pourquoi ce silence de la part de nos autorités politiques?

Pourquoi cette insouciance de la part de nos concitoyens?

263212.jpgSi la question de la morale et de l’éthique devra trouver sa pleine place au moment du débat pour la prochaine campagne présidentielle, nul doute que celui de la question du choix politique de la France en matière énergétique devra s'imposer.

 

03:34 Écrit par Bernard FRAU dans 6. Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : acro, fukushima, tchernobyl, pollutions | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

22/04/2011

25 ans après Tchernobyl: c’est toujours non au nucléaire!

nucleaire%20monde%20%20Kheng%20Guan%20Toh%20%20Fotolia_com.jpg25 ans après la catastrophe de Tchernobyl, la donne n’a pas changé. L’énergie nucléaire pose sans conteste possible en France mais également partout dans le monde la question fondamentale d’une technologie non maîtrisable à 100% par l’homme. Elle fait courir un risque majeur à l’Humanité toute entière pour aujourd’hui, pour demain mais également après demain.

intérieur Fukushima.jpgLa catastrophe de Fukushima, est l’illustration parfaite de l’effondrement du mythe de la sureté nucléaire. Depuis le 11 mars il a été donné au monde entier de constater qu’une centrale nucléaire n’est pas un sanctuaire à l’abri des aléas climatiques et des catastrophes naturelles. Faut-il attendre que la démonstration soit faite que de la même manière un acte terroriste contre un site nucléaire peut conduire au pire et exposer la nature les hommes et les animaux à des risques insensés.

logo_asn.pngL’Alliance Ecologiste Indépendante soutient les militants qui occupent actuellement les locaux de l’ASN et également ceux qui partout en France commémorent les 25 ans de Tchernobyl en mémoire de toutes les victimes civiles du nucléaire.

Les flick acceuille le train.jpgL’Alliance Ecologiste Indépendante dénonce les déploiements disproportionnés de forces de police destinés à faire pression sur les militants pacifiques et les empêcher d’alerter nos concitoyens sur les dangers de cette énergie maudite.

L’Alliance Ecologiste Indépendante réaffirme avec ces militants la nécessité de décider immédiatement la fermeture de tous les réacteurs situés en zones à 100210110738.jpgrisques sismiques ou d’inondation, l'annulation des projets de construction des EPR sur les sites de Flamanville et de Penly en Normandie et la mise en chantier d’un programme recherche développement pour engager une refonte de la politique énergétique de notre Pays.

18:57 Écrit par Bernard FRAU dans 6. Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tchernobyl, fukushima, penly, flamenville, asn, epr | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

06/04/2011

Technologie EPR : report de décision des autorités britanniques

262981.jpgDéjà circonspectes, à propos des systèmes de sûreté des réacteurs nucléaires EPR, pour lesquels elles avaient émis des réserves le lundi 2 avril 2010, les autorités de sureté de Grande-Bretagne viennent cette fois de décider du report de l'autorisation de principe de l'utilisation de la technologie EPR poussée par la filière électro-nucléaire française. L'annonce de ce report est consécutive à la catastrophe de FUKUSHIMA au Japon, pour laquelle les leçons doivent être tirées avant toute nouvelle mise en construction.

Source AFP Le Moniteur 05 04 2011

Les autorités britanniques du nucléaire ont annoncé mardi 5 avril un report de leur décision sur une autorisation de principe de la technologie EPR proposée par les groupes français Areva et EDF, afin de s'assurer que les "leçons ont été tirées des événements du Japon".

Cette autorisation de principe, qui concerne également le réacteur AP1000 de l'américain Westinghouse (groupe Toshiba), était attendue en juin. Elle ne pourra plus intervenir qu'après la remise, en septembre, d'un rapport commandé par le gouvernement à un responsable du superviseur britannique du nucléaire, Mike Weightman, ont expliqué dans un communiqué conjoint les deux agences chargées du dossier.

Le rapport de M. Weightman doit "tirer les leçons" de l'accident de Fukushima sur la relance du nucléaire britannique. Les deux agences concernées, la Direction de la santé et de la sécurité (HSE) et l'Agence de l'environnement, ont expliqué qu'elles avaient en conséquence "besoin de temps supplémentaire" pour se prononcer sur l'EPR et l'AP1000 et finaliser leurs recommandations.

Le report permettra de "s'assurer que les modèles des réacteurs proposés prennent en compte toutes les leçons devant être tirées des événements au Japon", ont-elles ajouté.

Le groupe français EDF, qui a déjà arrêté son choix sur l'EPR et s'est allié avec le groupe local Centrica, est sur les rangs pour construire au moins deux nouvelles centrales au Royaume-Uni. Le premier réacteur doit entrer en service en 2018.

Source AFP Le Moniteur 05 04 2011

 

11:00 Écrit par Bernard FRAU dans 6. Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : epr, leçons, fukushima, edf, areva | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

EPR Penly: Après les déclarations du maire communiste de Dieppe

Communiqué de Presse

Paris-Normandie dans son édition de vendredi a repris les propos de Sébastien Jumel maire communiste d’Évreux après les déclarations du Président de l'Autorité de Sureté Nucléaire concernant la construction des EPR de Penly et de Flamanville pour laquelle l'hypothèse d'un moratoire est aujourd'hui envisagé.

Ces propos ne manquent pas de soulever quelques interrogations majeures!

D'abord, au nom de quelle légitimité Sébastien Jumel, reprenant les formules de Nicolas Sarkozy et des Ministres Besson et Kossusco-Morisset, s'autorise-t-il à commenter les déclarations du président d'une Agence d’État dont le caractère indépendant est par nature indispensable à la mission qui lui est confiée?.

Ensuite quelle expertise le Maire de Dieppe peut-il mettre en avant pour affirmer que: «les propos du président de l'Autorité de sûreté nucléaire ont été sur interprétés»?.

Enfin à quelles sources le Maire de Dieppe fait-il référence lorsqu'il déclare : «Il faudra tirer tous les enseignements de l'accident nucléaire de Fukushima dans le nucléaire français, tout particulièrement sur des projets expérimentaux comme l'EPR...... la réalité des choses justifie que l'on renforce tous les dispositifs de sécurité des centrales. Cela fera l'objet d'un audit qu'il faudra prendre en compte»?.

Alliance Écologiste n'est d'ailleurs pas surpris des prises de position du Maire de Dieppe qui sont conformes à celles que soutient depuis toujours le Parti Communiste en Haute et Basse Normandie.

Ces prises de positions ont moins le mérite de clarté. Ce n'est pas le cas des Députés socialistes et des Président de Conseil Régionaux de Haute et Basse Normandie qui soutiennent eux les propositions en trompe l’œil de Martine Aubry qui prévoient une sortie du tout nucléaire dans 30 ou 40 ans. Autant dire qu'avec le PS la sortie du Nucléaire n'est pas pour demain ni pour après demain.

En ce mois de commémoration du 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, «Alliance Écologiste» d'un point de vue général rappelle:

 

  • Que l'objectif après le désastre de FUKUSHIMA le 11 mars 2011 est désormais de «Sortir du nucléaire tant civil que militaire».

  • Que cette sortie doit être une sortie intégrale et non partielle.

  • Que la décision de sortie du nucléaire assortie d'un calendrier précis doit être prise dès cette année 2011.

 

A cet effet Alliance Écologiste demande pour l’immédiat:

 

  • la fermeture des vieilles centrales de Fessenheim et du Bugey

  • l'abandon des projets EPR de Penly et de Flamanville

  • le lancement d'un «Plan National de Reconversion Énergie» construit pour renforcer la déconcentration et l'amélioration des rendements des productions ainsi que celles de l'isolation des constructions publiques et privées.

Enfin Alliance Écologiste appelle l'ensemble des Mouvements et associations écologistes à faire de la commémoration du 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl un grand moment de mobilisation et de contestation citoyenne face aux irréductibles tenants de la folie nucléaire.

 

Contact: Bernard FRAU 0663240066

04/04/2011

L'entretien accordé par le patron de l'ASN au quotidien "Le Monde"

André-Claude Lacoste patron de la sécurité nucléaire en France a accordé une interview au quotidien Le Monde daté 31 mars 2011. Les choses de l’atome relèvent, dans notre beau pays, de l’opacité la plus dense quand elles ne flirte pas avec et le mensonge le plus grotesque – confère le nuage de Tchernobyl s'arrêtant à la frontière de la France – . Chacun aura noté que de ce point de vue le Japon n'est pas en reste. Les propos d' André-Claude Lacoste méritent une attention particulière tant ils sont différents des ministres Luc BESSON et Nathalie KOSSUSCO-MORISSET. En particulier il faut lire et méditer cette phrase du Président de l'Autorité française de sureté nucléaire (ASN): “On ne peut garantir qu’il n’y aura jamais d’accident grave en France”.

Japan_Nuclear.jpgTels des docteurs Frankenstein, les nucléocrates de tous bords, de droite comme de gauche – ici encore nous noterons les convergences entre DSK et NS –, en France mais aussi ailleurs dans le monde nous exposent à la folie de la créature dont ils sont impuissants à maîtriser les méfaits et les menaces.

Cet entretien est révélateur de cette réalité que l'on veut nous dissimuler, chaque nouvelle implantation d'un réacteur nucléaire dans le monde nous rapproche un peu plus de l'enfer.

*********

Le monde: Quel regard portez-vous sur la crise nucléaire à Fukushima ?

André-Claude Lacoste : Le Japon vit un drame absolu, effroyable. Le séisme et le tsunami ont fait au moins 25 000 morts, sans compter les sans-abri. L’accident nucléaire n’est qu’un élément de cette tragédie. Concernant l’état de la centrale, deux éléments sont positifs : les Japonais ont remplacé l’eau de mer par de l’eau douce pour refroidir les cuves des réacteurs et maintenir le niveau d’eau dans les piscines de combustibles usés ; et nous avons moins d’inquiétudes sur l’état de ces piscines. Pour autant, nous sommes toujours face à une crise majeure. L’issue dépend de deux facteurs : le rétablissement d’un refroidissement permanent des installations par de l’eau douce et la disponibilité d’une source froide. Il faudra un nombre considérable de semaines ou de mois, d’autant qu’il y a maintenant des fuites permanentes de radioactivité, sans qu’on sache très bien d’où elles émanent.

» Les conditions d’intervention sont extrêmement difficiles. Il ne s’agit pas d’”opérations suicide”: on n’envoie pas les travailleurs à la mort. Mais leur temps d’intervention est très limité: on parle d’une vingtaine de minutes, ce qui est très court.

Qu’en est-il de la contamination de la région de Fukushima ?

Sur le site, la radioactivité est très intense. Alentour, il faut attendre de disposer de chiffres pour se prononcer. Tout dépend des concentrations que l’on trouvera, notamment en iode et en césium radioactifs. J’ai le sentiment que la zone d’évacuation de la population [dans un rayon de 20 km] et celle de mise à l’abri [10 km supplémentaires] représentaient des périmètres raisonnables. Mais il est clair qu’il existe une dispersion de radioactivité au-delà des 30km en “taches de léopard”. La gestion de ces territoires contaminés va durer des années, sinon des décennies.

Quelle assistance la France peut-elle apporter ?

Areva a des compétences sur les réacteurs à eau bouillante, héritées de Siemens. Le Commissariat à l’énergie atomique a des capacités de recherche. Ces entreprises peuvent fournir des esprits neufs, moins englués dans la gestion quotidienne de cette crise effroyable.
En ce qui concerne l’ASN, nous menons depuis 2005 une réflexion sur les situations post-accidentelles, avec un comité directeur (Codirpa) qui associe une centaine de personnes. On n’a, Dieu merci, pas d’expérience pratique, mais des idées sur la façon de gérer le moins mal possible. Notre offre d’assistance intellectuelle sera confirmée à l’occasion du déplacement du président de la République et de la ministre de l’écologie, jeudi 31 mars à Tokyo.

» Concernant ce Codirpa, certaines associations regrettent que les scénarios étudiés ne soient pas assez graves… Il a toujours été dans notre intention de couvrir une gamme de scénarios allant du plus probable au plus extrême. Il me paraît évident qu’on va intégrer, typiquement, ce qui se passe au Japon.

Un accident nucléaire majeur peut-il survenir en France ?

Je l’ai toujours dit : personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais un accident grave en France. Il convient de faire deux choses: essayer de réduire la probabilité que cela arrive, ainsi que les conséquences, si cela arrive. C’est toute la philosophie de la sûreté nucléaire. Quand survient une crise comme au Japon, il faut en tirer un retour d’expérience. Deux initiatives politiques vont en ce sens, portées par la Commission européenne, avec des stress tests, et par le premier ministre, François Fillon, qui nous a demandé un audit des centrales françaises. Celui-ci portera sur l’aléa sismique, l’inondation, la perte d’alimentation électrique, la perte de source de refroidissement, la gestion de crise et le cumul de ces difficultés.

» Nous sommes en train de bâtir ce programme. Je veillerai à sa cohérence avec les tests de résistance demandés par la Commission européenne. Avec mes homologues d’Europe de l’Ouest, nous avons publié une première proposition sur le contenu de ces tests. Pour nous, c’est une vérification des marges de sûreté. Prenons l’aléa sismique: on a vérifié que l’installation y répondait, voyons comment elle réagirait à un aléa plus fort. Existe-t-il un risque que ces “stress tests” répondent au plus petit dénominateur commun entre les autorités de sûreté ? Je ne crois pas. Pour chacun des chefs d’autorité nucléaire, ce qui se passe au Japon est un vrai choc. Nous prenons très au sérieux les conditions d’analyse.

En 2003, en France, il y a eu conflit entre EDF et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sur cet aléa. Les antinucléaires vous accusent d’avoir tranché en faveur de l’électricien…

On va tout revisiter. En matière sismique, il y a des chapelles de spécialistes qui se battent avec furie. En l’occurrence, en 2003, j’ai tranché de façon que l’on arrive à une évaluation raisonnable du risque. Je n’ai strictement aucun regret. L’ASN a pour mission de trancher des débats techniques ou scientifiques.

Nicolas Sarkozy a dit que si un réacteur ne passait pas les tests, il n’hésiterait pas à le fermer. Quels sont ceux qui vous paraissent les plus faibles ?

Nous n’avons pas commencé ce travail. Si on trouvait matière à fermer, on le ferait. Mais en désigner à l’avance voudrait dire que nous n’avons pas fait notre travail par le passé. La déclaration du commissaire européen Günther Ottinger affirmant que certaines centrales ne vont pas passer le test me paraît de nature à décrédibiliser le système d’évaluation.

Avez-vous les moyens de conduire rapidement ces analyses ?

L’audit national et les stress tests porteront sur les cinq thèmes cités, à partir de données disponibles. S’il faut poursuivre les études, nous le ferons, mais il est légitime que nous rendions compte à la fin de l’année au Parlement. Il va falloir augmenter nos moyens pour éviter de baisser la garde sur nos contrôles habituels. On ne peut pas faire appel aux compétences étrangères, mobilisées sur leur propre terrain. Peut-on rappeler des retraités? Nous en sommes au tout début de la réflexion.

Vous attendiez-vous à ce qui s’est passé au Japon ?

Non, parce que la crise japonaise résulte d’un cumul d’agressions extérieures – un tremblement de terre, puis un tsunami – qui a surpris l’exploitant et nos homologues. En France, avec des phénomènes d’un ordre de grandeur très différent, nous n’avons pas étudié, par exemple, le cumul d’un tremblement de terre et d’une inondation. Il y a à l’évidence des problèmes nouveaux à se poser.

Comme la rupture de barrages…

Tout à fait. Mais ces questions dépassent, et de beaucoup, le seul domaine du nucléaire. Il faut avoir l’esprit totalement ouvert.

Source Le Monde : Propos recueillis par Pierre Le Hir et Hervé Morin

16:44 Écrit par Bernard FRAU dans 6. Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andré-claude lacoste, asn, fukushima, edf, tchernobyl | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

 
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