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15/09/2013

Il y a 40 ans un autre 11 septembre: Salvador Allende est renversé!

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Au Chili l’on évoque la mémoire d’une des grandes figures incontestée de la gauche  socialiste. Salvador Allende qui fut le 32ème président du Chili de 1970 à 1973.

Dans les villes françaises où existe une rue ou une avenue à son nom les municipalités, communistes en général, ont déposé le 11 septembre 2013 un bouquet de fleurs sur les plaques qui portent le nom de Salvador Allende le 32ème président du Chili de 1970 à 1973.

"Merci à la vie", morceau que joue Maria Paz en ce 40ème anniversaire de la mort de Salvador Allende

A l’heure l’on évoque la mémoire de cette grande et  incontestée figure de la gauche  socialiste il paraît opportun de revenir sur les évènements qui ont marqué de manière indélébile l’histoire de la nation chilienne.

Le 4 septembre 1970 après avoir mené une campagne sur le thème des nationalisations et de la souveraineté du pays vis-à-vis du capital étranger Salvador Allende est, démocratiquement, élu président du Chili.

Cette élection n’était pas du goût des USA qui avaient des intérêts commerciaux au Chili qu’ils considéraient être menacés. Avant la victoire d’Allende,  le 27 juin 1970 Henry Kissingerconseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, avait eu cette phrase incroyable « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple» (*)

A coup de millions de dollars, durant trois ans, avec cynisme et cruauté, la CIA et ses relais dans l’armée et la droite dure chilienne aux ordres de Washington, furent à la manœuvre pour saborder le gouvernement d’Union Populaire d’Allende.

Le 13 aout 1973, alors qu’une vague d’attentats se répand et ensanglante la nation chilienne, Salvador Allende indique : «Le pays est au bord de la guerre civile»

L’opération de déstabilisation bien entamée, le terrain bien préparé il ne restait plus qu’à porter l’estocade.

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Le Président Salvador Allende et son gouvernement d’Union Populaire renversés, il s’en suivit alors une terrible répression dans tout le pays.

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Le Peuple chilien, sous la poigne de fer du général Pinochet, dans les griffes des séides, tortionnaires et assassins, du dictateur, vivra alors de trop longs moments de  misère, de terreur et de torture sadique victime d’un état policier et d’une économie ultra libérale.

Durant toutes ces années de plomb qui dureront de 1973 à 1990, 3 216 personnes ont officiellement été recensées comme victimes de « disparition » ou de meurtre politique et plus de 38 000 citoyens opposés à la dictature seront soumis à la torture.

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Le 19 avril 1978, la dictature militaire pour se dédouaner, adoptera, sans scrupule aucun, un décret-loi d’amnistie pour dispenser de leur responsabilité pénale la totalité des « bouchers image.jpgde la dictature» –  militaires, policiers et agents de sécurité du régime –  accusés de s’être prêtés  à des actes de violation des droits de l’homme, des crimes et des délits durant la période du 11 septembre 1973 au 10 mars 1978.

Ce 11 septembre1973, ayant compris l’issue fatale pour la démocratie de son pays que constituait l’assaut du général et des militaires félons, Salvador Allende s’adressera une dernière fois à son peuple dans un message d’une extraordinaire puissance éthique: "Je ne démissionnerai pas et paierai de ma vie la loyauté au peuple".  

Porté par une exigence personnelle de loyauté envers son pays, préférant perdre la vie plutôt que de rendre les armes, Salvador Allende se donnera la mort dans le salon Toesca, un des salons du palais présidentiel de la Moneda, à Santiago.

Ainsi finira celui qui le 4 novembre 1970 lors de son installation à la Présidence du Chili, avait déclaré au grand dam des dirigeants américains de l’époque : « Nous en finirons avec les monopoles qui livrent à quelques familles le contrôle de l’économie….Nous allons mettre en œuvre une authentique réforme agraire. Nous en terminerons avec le processus de dénationalisation de nos industries qui nous soumet à l’exploitation étrangère. Nous allons restituer à notre peuple les grandes mines de cuivre, de charbon et de salpêtre» (**).

Au cours des trois ans que durera sa présidence, Salvador Allende en dépit des menaces, des retraits massifs de capitaux, des grèves, une atmosphère de guerre dans le pays et l’organisation du chaos par la coalition créée pour l’abattre, ne lâchera pas et surtout ne vendra pas son âme dans quelque compromission ou arrangement politicien sordide que ce soit.

Pour agir ainsi il a fallu à cet homme exceptionnel faire preuve de grandes qualités intellectuelles et morales. Qualités dont on peut chaque jour constater qu’elles font généralement cruellement défaut à la grande majorité de la classe politique actuelle de notre pays.

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Salvador Allende avait une haute opinion de sa fonction au service de la Patrie et de son Peuple, un respect indéfectible pour les engagements pris vis-à-vis du Peuple dont on tient ses mandats. Il avait surtout chevillés au corps un idéal politique et philosophique construits à partir de convictions inébranlables.

 

Pour cela il était prêt à donner sa vie, il l’a prouvé, nous devons lui en rendre hommage.

Combien de nos hommes politiques actuels seraient prêts aujourd’hui à faire ce sacrifice suprême ? Eux qui au premier revers de sondage s’inquiétant  de la pérennisation de leur mandat n’hésitent pas à renvoyer aux calendes grecques la réalisation de leurs promesses de campagne. Combien ?

Au moment de son allocution interrompue qui a précédé l’assaut du palais présidentiel de la Moneida, Salvador Allende dira à son Peuple une dernière fois : « Vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie » ajoutant «Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure».

Ce message résonne fort à la conscience de ceux qui pensent qu’il appartient aux citoyens de ne pas abandonner leur destin entre les mains de représentants, même en Démocratie, qui auront vite fait de s’installer et d’oublier qui les a faits « roi » au point de tourner le dos aux promesses électorales et d’ignorer ce à quoi la majorité du corps de la Nation attend d’eux.

Savoir, une humanité meilleure et plus éclairée  prélude à un monde juste fait d’hommes et de femmes libres partageants durablement les ressources d’une planète enfin pacifiées.

http://www.legrandsoir.info/le-renversement-d-allende-raconte-par-washington.html (*)

http://www.liberation.fr/monde/1998/11/14/chili-les-annees-pinochet-pinochet-seize-ans-de-dictature_250885 (**)

 

Sources :

http://www.mondialisation.ca/allende-le-mythe-vivant-une-inspiration-pour-ceux-qui-sont-epris-dun-monde-juste/5349778

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/40-ans-apres-salvador-allende-la-memoire-schizophrene-du-chili_1280414.html#hjGK4XjlvvxTS4HL.99

http://new.humanite.fr/monde/pourquoi-ont-ils-tue-salvador-allende-548807

http://www.leparisien.fr/reactions/val-de-marne-94/celebration-de-l-anniversaire-de-la-mort-de-salvador-allende-10-09-2013-3124575.php

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/le-chili-de-pinochet-dictature-ou-regime-militaire_1068799.html

http://www.ndf.fr/article-2/15-09-2013/strategie-du-toc

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Chili-2013/p-26228-Il-y-a-quarante-ans-l-autre-11-septembre.htm

 

A suivre :

 

AllendeHuchon.jpgUn documentaire « Allende, c'est une idée qu'on assassine »(Upside Télévision), réalisé par Thomas Huchon, sera diffusé sur la chaîne Public Sénat les 9, 14, 15, 16, 21 et 22 septembre.

 

Sciences Po organise un colloque international, "Chili, 11 septembre 1973 : un événement mondial", les 17, 18 et 19 septembre, à Paris, en collaboration avec l'Institut des hautes études d'Amérique latine, l'Institut des Amériques et l'université de Versailles-Saint-Quentin. Parmi les participants figurent Manuel Antonio Garreton, Jacques Chonchol, Alain Touraine et Armand Mattelart.

 

 

"Le sacrifice ne sera pas vain"

 

 

Les dernières paroles d'Allende

11 septembre, 8 h 45. «Camarades qui m'écoutez. La situation est critique. Nous faisons face à un coup d'Etat auquel participe la majorité des Forces armées. En cette heure funeste, je veux vous rappeler quelques-unes de mes paroles prononcées en 1971, je vous les dis avec calme, avec une totale tranquillité, je n'ai pas vocation d'apôtre ni de messie.

Je n'ai pas l'âme d'un martyr; je suis un lutteur social qui remplit une tâche que lui a confié le peuple. Mais que ceux qui veulent arrêter l'Histoire et ignorer la volonté majoritaire du Chili l'entendent: sans avoir l'âme d'un martyr, je ne ferais pas un pas en arrière. Qu'ils le sachent, qu'ils l'entendent, qu'on le leur grave profondément: je quitterais La Moneda quand mon mandat sera terminé. Je défendrais cette révolution chilienne et je défendrais le gouvernement. Je n'ai pas d'autre choix. Il faudra me cribler de balles pour m'empêcher de réaliser le programme du peuple. Et si on m'assassine, le peuple suivra sa route. Peut-être sera-ce plus difficile, plus violent, car ce sera une leçon objective très claire pour les masses: ces gens ne reculent devant rien. (...)»

9 h 03. «En ce moment, des avions nous survolent. Il est possible qu'ils nous mitraillent. (...) Au nom des plus sacrés intérêts du peuple, au nom de la Patrie, je vous appelle à avoir la foi. L'Histoire ne se détient ni par la répression ni par le crime. (...) Il est possible qu'ils nous écrasent. Mais le futur appartiendra au peuple, aux travailleurs. L'humanité avance vers la conquête d'une vie meilleure. (...)»

9 h 10. «C'est certainement la dernière opportunité que j'ai de vous parler. L'aviation a bombardé les antennes de Radio Magallanes. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Qu'elles soient une punition morale pour ceux qui ont trahi leur serment. (...) Face à ces évènements, je ne peux dire qu'une chose aux travailleurs: Je ne renoncerai pas! Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au peuple. J'ai la certitude que la graine que l'on a confiée à la conscience de milliers et de milliers de Chiliens ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais ne bloqueront pas les processus sociaux, ni avec le crime, ni avec la force. L'Histoire est à nous, c'est le peuple qui la fait!

Travailleurs de ma Patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez déposé sur un homme qui n'a été que l'interprète du grand désir de justice, qui a juré de respecter la Constitution et la loi, et qui l'a fait.

En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire est que j'espère que la leçon sera retenue: le capital étranger, l'impérialisme, unis à la réaction ont créé le climat qui a poussé les Forces armées à rompre leur tradition (...).

Je me dirige à vous, et en particulier à la modeste femme de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à la mère qui comprit notre préoccupation pour les jeunes.

Je m'adresse aux fonctionnaires, à ces patriotes qui ont continué à travailler contre la sédition promue par ceux qui ne défendent que les avantages d'une société capitaliste.

Je m'adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte.

Je m'adresse au Chilien, ouvrier, paysan, intellectuel, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent, déjà depuis un moment, dans les attentats terroristes, en faisant sauter des ponts, en coupant les voies ferrées, en détruisant les oléoducs et gazoducs; face au silence de ceux qui avaient l'obligation d'intervenir. L'Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire Radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe. Vous continuerez à m'écouter, je serai toujours près de vous. Au moins vous aurez le souvenir d'un homme digne, loyal à la Patrie.

Le peuple doit se défendre, mais ne pas se sacrifier. Il ne doit pas se laisser écraser, mais ne pas non plus se laisser humilier.

Travailleurs de ma Patrie, j'ai confiance dans le Chili et en son destin. D'autres hommes dépasseront ce moment gris et amer où la trahison prétend s'imposer. Allez de l'avant en sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues où passera l'homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili! Vive le peuple! Vive les travailleurs!

Ce sont mes dernières paroles, j'ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu'au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison

 

 
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