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26/04/2013

5ème Festival d'Art Singulier: Penser Ailleurs

art singulier,art brut,jean dubuffet,grand bazar à bézu,5ème festival d'art singulier,penser ailleurs,bernard frau,jean-luc bourdillaJ’ai un jour proposé à l’une de mes amies de m’accompagner à une exposition consacrée à l’Art brut. Alors ? Lui ai-je demandé après la visite. Elle : veux-tu  que je te réponde ? Moi : oui, pourquoi pas ? La réponse est tombée : « c’est moche… enfin… c’est bizarre,  un peu fou… et puis les couleurs ….je n’aime pas trop !».

C’était sa première rencontre avec l’Art brut.

Comme beaucoup,  elle était une habituée de ces expositions où il est donné à voir des ouvrages au format normalisé réalisées en exploitant, souvent avec habileté, les techniques du «savoir peindre»  comme l’enseignent «les maîtres reconnus  qui font autorité». Au final sa réponse était  prévisible.

Parce qu’il ne répond pas aux  règles et aux critères arbitraires «du chic et du poncif», tels que Baudelaire les dénonçait déjà  en1846, imposés  ici par «une école», là par «la mode du moment», ici encore par les exigences du «marché de l’art», l’Art brut est rarement l’objet d’un assentiment immédiat de la part du public.

D’autant plus rarement que celui-ci, formaté par l’appréciation d’experts «patentés», a depuis trop longtemps accepté d’être conduit à se contenter de poser un regard docile et soumis sur des objets, on ne peut plus ordinaires, élevés au premier rang de la représentation artistique par  les critiques du système chargées de  dire ce qu’il convient de penser et de ressentir pour être considéré comme «amateur conforme» de beaux-arts.

A la question que se posait Pablo Picasso, «Faut-il peindre ce qu’il y a sur un visage.... dans un visage…ou derrière un visage ?» les peintres de l’Art brut n’apportent  pas de réponse.

Libres de toutes influences artificielles, techniques ou culturelles, qui leurs seraient extérieures, spontanément, sur la toile, ou sur tout autre support, ils délivrent, avec leurs propre moyens, les marques instantanées de leur vitalité personnelle.

Ce faisant,  parce que chaque œuvre n’a pas la prétention d’apporter une réponse toute ficelée, parce qu’en elle-même elle est et reste l’expression unique et désintéressée d’une singularité dans le temps et les humeurs de son auteur, l’exposition d’Art brut, et au-delà l’Art brut par lui-même, est une extraordinaire invitation permanente au questionnement et au partage.

Cette force de singularité ouverte  à tous, universelle donc, fait de l’Art brut un art vivant, créateur, un art sans frontière et sans limite, bref un «Art véritable» selon la belle expression du peintre Jean Dubuffet.

C’est pourquoi,  une exposition consacrée à des œuvres de peintres d’Art brut ne saurait, sans en trahir l’esprit et se dénaturer,  devenir pour le public une manifestation mondaine réservée à quelques privilégiés venus eux-mêmes s’exposer, se montrer.

«Bizarre,  un peu fou…»,  mystérieux souvent,  rempli  de couleur, l’Art brut est un peu tout cela à la fois si l’on ne prend pas le temps de penser «ailleurs» .

Quant à la beauté comment mieux dire que Baudelaire : «l’élément particulier de chaque beauté vient des passions, et comme nous avons nos passions particulières, nous avons notre propre beauté».

Bernard FRAU le 26 Mai 2013 à Pinterville 

 
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