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20/05/2010

KARACHI la vérité à venir?

L'affaire qui embarrasse fortement l'Elysée continue de susciter nombre de commentaires, éditoriaux et article de presse. Ce mercredi c'était au tour de deux journalistes de faire paraître un pavé de plus de 300 pages "Le Contrat". Allons-nous finalement connaître les tenants et aboutissants de ce dossier qui prend chaque jour un peu plus l'allure d'une grave affaire d'état?

En mai 2002, onze salariés de la DCN (Direction des Constructions Navales) sont morts lors d’un attentat qui s’est produit à Karachi au Pakistan.

Très vite l’organisation terroriste Al-Qaïda a fait l’objet de soupçons  de la part des enquêteurs français en charge du dossier jusqu’au moment où le juge antiterroriste Marc Trévidic a décidé de réorienter les investigations.

L’hypothèse d’une vengeance à la suite du non paiement, décidé par Jacques Chirac après sa victoire de 1995, de commissions attachées à la vente à l’Etat pakistanais par la France, sous le gouvernement Balladur, de sous-marins Agosta n’est plus écartée et la DNIF (division nationale des investigations financières) enquête sur une possible corruption politique internationale à propos de ce contrat d’armement au Pakistan.

Le contrat date du printemps 1994 !

A cette époque la DCN a obtenu, de l’Etat pakistanais, un important marché d’un montant total de 5 milliard de francs destiné à la construction et l’armement de trois sous-marins Agosta. Selon le quotidien « Libération », la DCN se serait engagée à verser – commissions légales à l’époque de la signature du contrat – à des intermédiaires locaux 6,25% du montant du contrat soit plus de 300 millions de francs. Lors de la négociation finale  une rallonge de 4% aurait été prévue "à la demande du cabinet du ministre de la Défense" pour être versée par le canal de deux autres intermédiaires, Abdulrahman Al Assir et Ziad Takieddine.

En juillet 2002 le JDD.fr indiquait qu’un lien reliait, entre 1993 et 1995, Balladur et deux intermédiaires libanais Abdulrahman El-Assir et Ziad Takieddine.

Le JDD.fr  reprenait en fait, des éléments diffusés sur le site d'informations en ligne Mediapart qui avait eu à connaître, des notes DGSE (Direction générale des services extérieurs), un rapport, rédigé le 11 septembre 2002, par Claude Thévenet, un ancien agent de la DST (Direction de la surveillance du territoire), et le témoignage de Gérard-Philippe Menayas ex-directeur financier de la DCN.

Concrètement, l’existence de ce lien est établie à partir d’une phrase du rapport Thévenet : "En France, le réseau El-Assir a eu pour principale fonction d'assurer le financement de la campagne d'Edouard Balladur". Le site d'informations précisant par ailleurs que : "L'existence d'une telle documentation des services secrets français sur les activités d'Abdulrahman El-Assir et de ses liens étroits avec l'ancien premier ministre français ont été confirmés à Mediapart par plusieurs sources, dont un ancien membre de la DGSE".

Selon le quotidien Libération, les deux intermédiaires imposés par « le pouvoir », Abdulrahman El-Assir et Ziad Takieddine, représentés par une société off-shore  (Mercor Finance), auraient perçu une somme de 130 millions de francs en  janvier 1995 au titre d’acompte sur les commissions.

Par ailleurs et toujours selon le quotidien, 10 millions de francs en liquide auraient été versés au compte de l’Aficeb (Association pour le financement de la campagne d'Edouard Balladur) dans l’une des agences parisiennes du Crédit du Nord.

«Libération» pour preuve de ses dires, disposerait de documents bancaires qui montrant que les intermédiaires en question auraient bien perçu les sommes correspondantes aux commissions du marché d’armement signé en 1994 avec l’Etat pakistanais.

Le rapport de la mission parlementaire qui enquête depuis octobre 2009 –  dont la rédaction a été assurée par le député Bernard Cazeneuve (PS) –  vient d’être rendu public ce mercredi 12 mai. Le rapport prend en compte comme un fait à ne pas écarter "le lien entre l'arrêt de versement des commissions et l'attentat ».

Ce rapport souligne aussi que les questions concernant,  tant la raison pour laquelle le cabinet du ministre de la Défense, François Léotard, est intervenu pour imposer Al Assir et Takieddine dans la négociation finale des commissions que celle qui a déclenché la décision du président de la République, Jacques Chirac, d'en interrompre les versements n’ont pas à ce jour trouvé de réponse nette et précise.

A ce propos, selon NouvelObs.com du 12 05 2010, une note interne à la DCN, indiquerait que « l'interruption du versement des commissions par Jacques Chirac a été décidé en raison de soupçons de rétro commissions qui auraient pu servir à financer la campagne électorale d'Edouard Balladur ».

Le rapporteur, Bernard Cazeneuve (PS), de son côté, a fait état de la grande difficulté  pour les députés à accomplir leurs travaux. Il a été jusqu’à porter une accusation forte en précisant : le travail des députés a été "entravé par une absence totale de coopération de l'exécutif et du gouvernement". Une certaine  "amnésie" des anciens ministres, qui ont été entendus, a été par ailleurs déplorée par les membres de la mission.

Christine Lagarde, quand à elle, a été particulièrement claire ! "Il ne m'est pas possible de donner une suite favorable à la demande d'entendre les fonctionnaires ayant eu à travailler sur le contrat relatif aux sous-marins Agosta", a-telle indiqué dans un document daté du 26 mars 2010. Ce document fait partie des annexes non publiques du rapport de la mission parlementaire au motif qu'une enquête judiciaire est actuellement cours.

Me Olivier Morice, l’avocat des six familles des victimes de l’attentat du 8 mai 2002 au Pakistan accuse aujourd’hui, le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, d’être «soumis au pouvoir politique» et de tenter « par tous les moyens d'éteindre l'incendie au mépris de la recherche de la vérité». Pour mémoire, l’action en justice pour corruption intentée par les six familles a amené le Parquet de Paris à ouvrir, début février 2010, une enquête concernant le financement de  la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

Chaque jour qui passe apporte son lot d’informations dont les développements tendent à faire de cet attentat terroriste, intervenu, au Pakistan, il y a maintenant huit ans, deux affaires de nature différentes. L’une concerne un attentat meurtrier, perpétré à l’international, contre des ressortissants français en poste au Pakistan. L’autre vise une éventuelle corruption, internationale également, qui aurait pour cadre le financement de la campagne électorale de 1995 du candidat Balladur.

Les « entraves à l’expression de la vérité »  quelles qu’en soient les origines – refus de produire des documents, témoignages incomplets, manœuvres dilatoires –, la diffusion par voie de presse d’informations non synthétisées, ne sont pas acceptables dans une démocratie moderne où le pouvoir judiciaire est supposé être indépendant du pouvoir exécutif quand bien même le plus haut niveau de l’Etat est mis en cause. 

La lumière doit être faite sur ce qui semble bien prendre le chemin d’un scandale d’Etat, car les Français sont en droit de savoir !

Les Français doivent savoir pourquoi et comment plusieurs de leurs compatriotes, alors qu’ils menaient une mission technique en terre étrangère, ont été assassinés.

Les Français doivent savoir comment a été financée la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

Et surtout les Français doivent savoir si le paiement de commissions relatives au  marché des 3 sous-marins, a généré des rétrocommissions destinée à nourrir directement ou indirectement les comptes de campagnes électorales d’hommes politiques français, en l’occurrence ici, celle de l’ancien premier ministre Edouard Balladur.

Dans cet imbroglio, où semblent se côtoyer – sur fond de rivalités politiques pour la prise du pouvoir – contrat d’armement à l’export, financement occulte de campagne électorale, montages financiers destinés à permettre le rapatriement de rétrocommissions, mort de victimes innocentes, les responsabilités de tous les protagonistes – intermédiaires, ministres, juges, policiers, dirigeant de la DCN –  doivent être établies.

 

 

12:19 Écrit par Bernard FRAU dans 12. Point de vue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : balladur, dcn, sous-marin, victimes, commissions, intermédiares, chirac | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

Commentaires

Je vous remercie de votre site qui est vraiment utile et enrichissant au niveau informations

Écrit par : Mutuelle jeune | 03/08/2010

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