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27/04/2010

Que veut l'Allemagne?

87946_merkel-papandreou-unejpg.jpgDepuis le début de la crise grecque l’Allemagne n’en finit pas de jouer « le cul de plomb » dès lors que des solutions semblent se profiler pour permettre au gouvernement hellène une sortie de crise sans catastrophe sociale pour le pays. A ce jeu c’est l’ensemble des pays de la zone euro qui risquent bientôt de se trouver en difficulté.

 

Mercredi 17 mars, tout en émettant l’idée, «en dernier recours»,  d'exclure un pays de la zone euro en cas d'infractions répétées aux règles de Maastricht, Angela Merkel, rejetait devant le Bundestag, la possibilité d’une aide rapide à la Grèce.  Enfonçant le clou, la Chancelière allemande a précisé qu’il ne fallait pas «apporter une aide prématurée, mais mettre de l'ordre dans tout cela».

 

Certes l’opinion publique allemande est loin d’être favorable, voire hostile, à toute  politique de la main tendue envers un pays et une population qu’elle considère comme laxiste.

 

Angéla Merkel est d'autant plus sensibilisée par cette opposition que des élections locales difficiles pour son parti auront lieu à la mi-mai en Allemagne. De plus son gouvernement de coalition est divisé sur la question grecque.

 

Tout cela ne justifie en aucune manière que la solidarité européenne ne joue pas pour soutenir l’actuel chef de gouvernement grec, qui très courageusement fait face, de son côté, à une montée en puissance des mécontentement que soulève le plan d’austérité mis en place pour donner des gages sur la bonne conduite des affaires de l’Etat grec pour le futur.

 

Au-delà de la crise du financement de sa dette, le pays, très dépendant de la conjoncture générale européenne et mondiale pour son économie doit amortir un recul important de l’activité de secteurs traditionnellement forts. Ainsi en matière de tourisme le recul se chiffre à 13%, pour la construction navale et le transport maritime à 7,8%.

 

Le plan de redressement va imposer une cure d'austérité sans précédent au pays, qui viendra se surajouter aux difficultés réelles économiques. Ce plan aura, à n’en pas douter, des conséquences sur les investissements et la demande des ménages.

 

Pour mémoire le programme d’assainissement prévoit une augmentation de la TVA de 19 à 21%, un relèvement des Impôts et des taxes à la consommation, une réduction des salaires dans le secteur public qui représente 32 % des salariés du pays, moins 60% du quatorzième mois et moins 30 % du treizième mois ainsi qu’un blocage général des retraites.

Nonobstant, Wolfgang Schäuble le ministre des Finances CDU de la coalition Merkel en remet une couche. Alors que la Grèce a, ce vendredi, officiellement demandé l’aide de l’Union Européenne et du FMI, celui-ci lui réclame de nouvelles mesures d'austérité. Faute de quoi, Berlin pourrait mettre son veto à la mise en place du plan européen aide à Athènes.

Dans la foulée, Hans-Peter Friedrich, un des hauts responsables de la CSU, parti conservateur bavarois, considère lui que « la Grèce devrait envisager sérieusement de quitter la zone euro », pendant que Werner Langen l’actuel chef du groupe conservateur allemand, CDU/CSU, au Parlement européen, martèle, «la véritable alternative» serait qu'Athènes «quitte la zone euro et redevienne compétitive à l'aide de rudes réformes structurelles ».

 

Toute cette agitation provoque un affolement des marchés mais également une colère de la rue à Athènes.

Les taux grecs à 10 ans sont montés à un niveau record lundi dépassant le seuil de 9%. Cette tension s’est traduite par un relèvement des taux  au Portugal, en Espagne et en Irlande laissant craindre une contagion de la crise à d’autres pays fragilisés de la zone euro.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’à ce stade la situation devient assez imprévisible. Le remède de cheval que veut  imposer l’Allemagne à la Grèce risque d’être plus négatif que positif. A force d’exiger plus d’économies et d’efforts c’est à une déroute économique et sociale que le pays va être conduit, qui ne sera pas sans conséquences pour l’ensemble de l’Europe.

 

Que veut l’Allemagne ? Le retour des colonels en Grèce ? Au rythme des déclarations de ses dirigeants on pourrait le croire. Que veut l’Allemagne ? Se payer à bon compte «  Quelques Iles » ? «On vous donne du fric, vous nous donnez Corfou »  comme le dit le journal allemand Bild.

Quelle honte, quelle arrogance ! D’autant que dans cette histoire de financement de la dette grecque, il n’est pas question de « don » de la part de qui que ce soit, mais bien de prêts adossés à des taux d’intérêts largement rémunérateurs pour les pays contributeurs. Pour mémoire pour prêter à la Grèce à un taux de 5%, l’Allemagne emprunterait à 1.5%.

Pourquoi l’Allemagne dont la part dans le commerce mondial des armes et systèmes d’armements atteint plus de 11%. ne recommande-t-elle pas à la Grèce une réduction drastique de ses budgets d’armement ? La réponse est claire, la Grèce, éternel rival de la Turquie, 5ème importateur mondial d’armement dont le budget défense est de 6 milliards d’Euro/an, représente 13% de ses ventes mondiales.

Il suffirait que l'Europe, à condition qu’elle existe en tant puissance politique et militaire souveraine, accorde sa protection à la Grèce contre toute agression, pour réduire dans un rapport deux ou trois les dépenses militaires de ce pays donc le budget général de l’état. Les marchands d'armes Allemands, Américains et Français seraient certes pénalisés, mais la dette et les déficits de la Grèce seraient très rapidement résorbés!

Il faut donc cesser cette hypocrisie générale qui se sert de la Grèce pour pousser les feux d’un projet politique allemand inavouable ! Il faut cesser de nous faire croire que la Grèce a trompé ses partenaires européens !

Depuis 2001, personne te surtout pas la Commission européenne ne pouvait ignorer la réalité des comptes de la Grèce. Il suffisait pour cela de vérifier les comptes des administrations centrales pour constater le déficit permanent du budget de l’État grec et voir que la dette officielle (rendue présentable pour intégrer la zone euro) annoncée ne correspondait pas à la réalité des finances du pays. Tout le monde savait mais personne n’a parlé! Pour des questions politiques et géostratégiques il fallait pousser à l’intégration de la Grèce dans la zone euro. A cette époque la France et l’Allemagne en étaient les plus ardents partisans.

En défendant la Grèce «nous défendons le territoire de l'euro»  a  déclaré  dimanche Christine Lagarde, ajoutant fort justement, «Lorsqu'une partie de ce territoire est attaquée, et que notre devise commune est sous pression, on est tous tenus d'être solidaires».

Il est temps pour l’Allemagne de comprendre que, sauf à vouloir délibérément casser l’Union Européenne, la solidarité des européens dans cette affaire doit jouer, comme ce fut le cas au moment de la réunification.

Il est temps aussi pour la France de dire très clairement que ces atermoiements ne peuvent plus durer, comme ne peut plus durer cette arrogance teutonne qui veut faire marcher l’Europe au pas cadencé depuis Berlin.

Il faut très clairement que le 3 mai prochain, le parlement français qui va débattre du plan d'aide du gouvernement français à la Grèce signifie à Angela MERKEL la détermination de notre Pays.

Pas de Munich diplomatique ! La  France solidaire des pays méditerranéens  doit soutenir la Grèce, sans complaisance certes, mais sans arrogance ou marchandage boutiquier avec à l’esprit le sens de l’intérêt général des pays européens de la zone euro.  

08:55 Écrit par Bernard FRAU dans 10. International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, portugal, espagne, merkel, europe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

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